Du 13 juillet au 25 août 2026, les Nocturnes transforment les jardins de la Villa Ephrussi de Rothschild en une scène éphémère. Musique, danse, théâtre lyrique et chanson composent une quatrième édition imaginée par Muriel Mayette-Holtz comme une invitation à ralentir, à écouter et à retrouver le spectacle vivant dans l’un des plus beaux décors de la Côte d’Azur.
Il y a des lieux que l’on visite et d’autres que l’on éprouve. À Saint-Jean-Cap-Ferrat, la Villa Ephrussi de Rothschild appartient à cette seconde catégorie. À la tombée du jour, lorsque la lumière se dépose sur les façades roses et que les bassins du jardin à la française reflètent les dernières nuances du ciel, la demeure imaginée par Béatrice Ephrussi de Rothschild semble naturellement devenir un théâtre.
C’est tout le sens des Nocturnes de la Villa. Tous les lundis et mardis, de 20 heures à minuit, les jardins s’ouvrent à une autre temporalité. Les chandelles dessinent les allées, les visiteurs parcourent les collections, s’installent sur les pelouses et découvrent des artistes venus de la musique, de la danse, de la chanson ou de la scène. Le spectacle ne se contente pas d’occuper le lieu : il en révèle la beauté autrement.
Un patrimoine qui refuse le silence
Depuis qu’elle dirige la Villa Ephrussi de Rothschild, Muriel Mayette-Holtz défend une conviction simple : un monument historique ne doit pas seulement conserver la mémoire, mais continuer à produire du présent. Comédienne, metteuse en scène, ancienne administratrice générale de la Comédie-Française, ancienne directrice de la Villa Médicis et du Théâtre National de Nice, elle connaît la force symbolique des grandes institutions. Elle sait aussi qu’elles ne demeurent vivantes qu’en acceptant d’accueillir les artistes de leur temps.
Sa programmation estivale ne cherche donc pas à transformer la Villa en salle de spectacle conventionnelle. Elle part au contraire de ce que le lieu offre d’unique : un rapport à la lumière, au paysage, à l’architecture et à la promenade. Les disciplines peuvent s’y rencontrer sans perdre leur identité. Le classique côtoie la chanson, le jazz dialogue avec Broadway, la danse rejoint l’opéra et les textes prennent une autre résonance lorsqu’ils sont portés au milieu des jardins.
Une programmation pensée comme une suite de rencontres
La quatrième édition s’est ouverte avec The Amazing Keystone Big Band, qui a fait entrer l’énergie de West Side Story dans le jardin à la française. Le lendemain, le Ballet de l’Opéra Nice Côte d’Azur a rappelé combien la danse peut modifier notre perception d’un paysage. Lynda Lemay et Jean-Félix Lalanne ont ensuite choisi l’intimité des cordes, avant que le spectacle Soyons (pas trop) sérieux ne joue avec les codes de l’art lyrique.
Cette première partie de saison dit déjà beaucoup de l’esprit souhaité par Muriel Mayette-Holtz : ne pas enfermer le public dans une seule esthétique, mais lui proposer différentes portes d’entrée vers l’émotion. Aux Nocturnes, la transmission n’a rien d’une leçon. Elle passe par le plaisir immédiat d’une mélodie, la présence d’un corps, la découverte d’une voix ou l’impression qu’un répertoire très connu peut soudain retrouver sa fraîcheur.
Danser, écouter, redécouvrir
Le Malandain Ballet Biarritz poursuit cette traversée avec Mosaïque, un programme qui assemble plusieurs fragments du répertoire de Thierry Malandain. La soirée suivante réunira la flûtiste Iris Daverio et le pianiste Jean-Paul Gasparian, deux interprètes dont le dialogue mettra en lumière la richesse de la musique française.
Le mois d’août prolongera cette ouverture. Le contrebassiste Marc André défendra un instrument que l’on entend rarement comme voix soliste. Le Trio Stimmung, formé de Christophe Giovaninetti, Michaël Levinas et Raphaël Chrétien, retrouvera Beethoven dans une formation où chaque instrument peut prendre la parole.
Avec Romain Leleu Sextet, la musique de cinéma fera ressurgir des images sans écran. Quelques notes suffiront à convoquer les univers de Nino Rota, Ennio Morricone, Charlie Chaplin ou Leonard Bernstein. Le lendemain, Luz Casal apportera cette voix grave et immédiatement reconnaissable qui traverse depuis plusieurs décennies le rock, la pop et les grandes ballades espagnoles.
La chanson comme écriture du temps
Jeanne Cherhal occupera à son tour les jardins avec les chansons de son album Jeanne. Pianiste, autrice et compositrice, elle appartient à ces artistes capables de faire tenir dans une chanson l’intime, l’ironie, la mémoire et le mouvement du monde. Son écriture devrait trouver dans la Villa un espace particulièrement propice à l’écoute.
La programmation accueillera également Armando Noguera et Édouard Signolet, pour une soirée où théâtre, chant et récit pourront brouiller les frontières habituelles. Puis Noëmi Waysfeld fera réentendre Barbara sans chercher l’imitation : laisser les mots de la Dame en noir passer par une autre voix, c’est déjà reconnaître qu’un grand répertoire n’existe que lorsqu’il continue d’être transmis.
Grégoire refermera enfin la saison avec Vivre, un concert conçu comme un récit. Ses chansons y deviennent les chapitres d’une histoire traversée par l’amour, l’absence, l’espoir et la résilience.
Une certaine idée de l’été sur la Côte d’Azur
Les Nocturnes ne se résument pas à leur affiche. Leur singularité tient à l’expérience entière : arriver avant le spectacle, marcher dans les jardins, regarder la lumière changer, partager un pique-nique sur les pelouses, puis laisser les artistes prendre place dans ce décor qui ne ressemble à aucun autre.
La programmation de Muriel Mayette-Holtz défend ainsi une certaine idée de la culture estivale : exigeante sans être distante, prestigieuse sans être compassée, éclectique sans perdre sa cohérence. Elle rappelle aussi que le patrimoine peut devenir un espace de création et de partage, à condition de ne pas le condamner au silence.
Durant quelques heures, la musique traverse les jardins, les textes se mêlent au bruissement des arbres et la scène semble s’étendre jusqu’à la mer. À la Villa Ephrussi, cet été encore, le spectacle commence bien avant le lever de rideau.
La programmation 2026
- 13 juillet : The Amazing Keystone Big Band
- 14 juillet : Ballet de l’Opéra Nice Côte d’Azur
- 20 juillet : Lynda Lemay et Jean-Félix Lalanne
- 21 juillet : Soyons (pas trop) sérieux
- 27 juillet : Malandain Ballet Biarritz
- 28 juillet : Iris Daverio et Jean-Paul Gasparian
- 3 août : Marc André
- 4 août : Trio Stimmung
- 10 août : Romain Leleu Sextet
- 11 août : Luz Casal
- 17 août : Jeanne Cherhal
- 18 août : Armando Noguera et Édouard Signolet
- 24 août : Noëmi Waysfeld
- 25 août : Grégoire
Informations pratiques
Les Nocturnes de la Villa Ephrussi de Rothschild
Tous les lundis et mardis, du 13 juillet au 25 août 2026
De 20 heures à minuit – spectacle assis sur les pelouses
Villa Ephrussi de Rothschild, Saint-Jean-Cap-Ferrat
Tarifs : 40 € pour les adultes, 20 € de 7 à 17 ans, 65 € avec panier pique-nique réservé en ligne. Une navette gratuite dessert la Villa depuis l’arrêt Le Sémaphore.
Programmation complète et billetterie sur le site officiel de la Villa Ephrussi de Rothschild
Visuel : affiche officielle Les Nocturnes de la Villa 2026 – Villa et Jardins Ephrussi de Rothschild / Académie des beaux-arts.