Anthéa ressemble moins à une salle qu’à un grand carrefour. Les disciplines s’y croisent, les artistes connus côtoient des créations plus fragiles et le public peut passer d’un texte de répertoire à un concert, d’une pièce contemporaine à un ballet ou à une forme de cirque. La saison 2026-2027 confirme cette identité volontairement large.
À Antibes, le théâtre refuse ainsi de demander aux spectateurs de choisir une seule famille artistique. La programmation revendique au contraire l’idée qu’une curiosité peut en entraîner une autre. On vient pour un comédien, on découvre un chorégraphe. On réserve un concert et l’on revient quelques semaines plus tard pour une pièce dont on ignorait tout.
Des présences qui deviennent des événements
La venue d’Isabelle Huppert dans Mary said what she said, sous le regard de Robert Wilson et sur une musique de Ludovico Einaudi, constitue naturellement l’un des grands rendez-vous annoncés. La rencontre entre une actrice, un plasticien de la scène et un compositeur crée une œuvre située à la frontière du théâtre, du portrait historique et de l’installation visuelle.
La saison accueillera également Pierre Richard avec le Swingin’Affair Quartet, Chilly Gonzales, Muriel Robin, James Thierrée en famille, Jean Reno, Benjamin Biolay, Étienne Daho ou encore Zazie. Cette liste dit le goût d’Anthéa pour les personnalités capables de déplacer leur image : l’acteur peut entrer dans le jazz, le chanteur devenir conteur et l’artiste populaire se confronter à une création scénique ambitieuse.
Le théâtre dans toutes ses écritures
Le programme accorde une place importante aux grands textes et à leurs réinventions. Molière, Genet, Corneille, Annie Ernaux ou l’affaire Dreyfus apparaissent dans des propositions qui ne cherchent pas simplement à illustrer une œuvre. Elles interrogent ce qu’elle peut encore faire entendre aujourd’hui.
Cette attention aux textes cohabite avec un véritable goût pour la comédie, le boulevard réinventé et l’humour. Anthéa ne considère pas le rire comme une concession faite au public. Il l’intègre à une vision complète du spectacle vivant, capable d’accueillir la légèreté, la satire et les sujets plus graves sans établir une hiérarchie artificielle.
Danser, chanter, inventer des formes
La danse et le cirque occupent également une place forte. Le spectacle Her Voice rendra hommage à Nina Simone dans le cadre du Festival de Danse Cannes – Côte d’Azur, tandis que plusieurs créations travailleront le corps, l’image et les arts émergents. La présence de Benjamin Millepied, de Jean-Claude Gallotta ou de compagnies de nouveau cirque prolonge cette ouverture.
La musique, elle, traverse toute la saison : jazz, chanson française, pop, musiques du monde et projets hybrides. Le concert devient parfois un spectacle, tandis que le théâtre se nourrit de voix et de partitions. Cette circulation empêche la programmation de se figer dans des cases.
Une fabrique autant qu’une vitrine
Certains artistes viennent à Anthéa pour répéter et créer. Cette dimension est essentielle. Un théâtre ne doit pas être seulement l’endroit où arrivent des spectacles déjà terminés. Il peut offrir du temps, des équipes, un plateau et une première rencontre avec le public.
Dans un territoire très dense culturellement, Anthéa a trouvé sa singularité dans cette ampleur. La saison 2026-2027 se lit comme un magazine dont chaque rubrique conduirait vers une autre. Elle promet des soirées immédiatement séduisantes, mais aussi des détours, des risques et des découvertes. C’est peut-être le meilleur rôle d’une grande scène : donner envie au public d’aller un peu plus loin que ce qu’il pensait déjà aimer.
Informations pratiques
Saison 2026-2027 d’Anthéa
260 avenue Jules Grec, Antibes.
Programme et billetterie officiels
Visuel : Couverture officielle du programme 2026-2027 : Anthéa Antipolis Théâtre d’Antibes.