À peine les vingt ans du Worldwide Festival célébrés sur les rives de Sète, l’infatigable DJ, producteur et passeur britannique rejoint la Fondation Maeght. Avec Impressions, les 5 et 6 août, il imagine deux soirées où le jazz contemporain dialogue avec la soul, l’électronique, le Brésil, Bristol et les œuvres du Labyrinthe Miró.
Gilles Peterson vient à peine de refermer une édition qui résume à elle seule une grande partie de son parcours. En 2026, le Worldwide Festival a célébré à Sète ses vingt ans d’existence : vingt années à abolir les frontières entre jazz, soul, house, dub, broken beat, hip-hop et musiques venues de tous les continents. Un anniversaire vécu comme une vaste réunion de famille, entre figures historiques, compagnons de route et nouvelles voix.
Quelques semaines plus tard, Gilles Peterson reprend la route de la Méditerranée. Mais il change de décor. Après le Théâtre de la Mer et les plages sétoises, il arrive à Saint-Paul-de-Vence, au cœur de la Fondation Maeght, pour présenter Impressions, deux soirées exceptionnelles les mercredi 5 et jeudi 6 août 2026.
Le passage de Sète à Saint-Paul paraît presque naturel. Dans les deux cas, il est question de musique, de paysages, de rencontres et de cette capacité rare à transformer un lieu en territoire d’écoute.
Vingt ans de Worldwide, quarante ans à chercher le son de demain
Depuis les années 1980, Gilles Peterson poursuit moins une carrière qu’une quête. Animateur radio, DJ, producteur, fondateur de labels et programmateur, il appartient à cette catégorie singulière de personnalités qui ne se contentent pas de diffuser la musique : elles organisent les rencontres qui permettront à de nouvelles scènes d’exister.
Ses émissions, son label Brownswood Recordings et les festivals qu’il a imaginés ont contribué à faire circuler des artistes, des sons et des idées entre Londres, Cuba, le Brésil, l’Afrique du Sud, le Japon, l’Europe et les Caraïbes. Gilles Peterson n’a jamais considéré la géographie comme une frontière. Chez lui, elle devient une invitation à écouter autrement.
Le Worldwide Festival est né précisément de cette philosophie. La première édition voit le jour à Sète en 2006. Depuis, le rendez-vous est devenu culte sans perdre son esprit de laboratoire, sa culture artisanale ni son goût de la découverte. Célébrer vingt ans de Worldwide ne signifiait donc pas regarder en arrière avec nostalgie. Il s’agissait plutôt de mesurer la longueur du chemin parcouru et de rappeler que la curiosité demeure le véritable moteur de l’aventure.
Chez Gilles Peterson, la mémoire n’a d’intérêt que lorsqu’elle prépare la suite. Et cette suite passera, cet été, par Saint-Paul-de-Vence.
Impressions, ou l’art de programmer des correspondances
Le titre choisi pour ces deux soirées à la Fondation Maeght est révélateur : Impressions.
Il ne promet ni démonstration ni leçon d’histoire. Il évoque plutôt des sensations, des couleurs, des traces et des résonances. Tout ce que la musique peut déposer en nous lorsqu’elle rencontre un espace, une lumière ou une œuvre.
Gilles Peterson ne programme jamais par catégories étanches. Il préfère créer des correspondances. Un rythme électronique peut conduire vers le jazz. Une voix intime peut répondre à une percussion. La musique populaire brésilienne peut réapparaître dans le travail d’un groupe né en Europe de l’Est. Un batteur londonien peut relier la culture des clubs à la liberté de l’improvisation.
À la Fondation Maeght, cette méthode prendra une dimension particulière. Les concerts se dérouleront debout et en plein air dans le Labyrinthe Miró. Les portes ouvriront à 19 h 30 et le billet permettra également de découvrir librement l’exposition consacrée à Ellsworth Kelly avant les performances. La musique ne sera donc pas posée devant les œuvres comme un simple décor : elle circulera au milieu d’elles.
Une première soirée tournée vers les nouveaux territoires
Le mercredi 5 août réunira Tereza, Momoko Gill et SOYUZ.
Présente lors des deux soirées, Tereza assurera les DJ sets et les transitions. Ses sélections passent de la soul à la house, du jazz à l’électronique ou au disco sans rompre le fil du récit. Elle ne juxtapose pas les morceaux : elle construit un mouvement, une tension et une manière de faire apparaître les liens invisibles entre les musiques.
Momoko Gill incarne parfaitement le goût de Gilles Peterson pour les artistes que l’on ne peut réduire à une seule fonction. Batteuse, productrice, compositrice, chanteuse et multi-instrumentiste, elle développe un univers où se rencontrent pulsation jazz, fragilité de la chanson et textures électroniques. Sa musique ne choisit jamais entre l’intime et le rythme : elle fait de cette tension son langage.
Puis viendra SOYUZ, collectif né dans la scène underground de Minsk et désormais installé à Varsovie. Emmené par le compositeur, arrangeur et chanteur Alex Chumak, le groupe réinvente l’héritage de la musique populaire brésilienne des années 1970, tout en y mêlant jazz, folk d’Europe de l’Est, arrangements orchestraux et chanson contemporaine.
Sur le papier, ces univers semblent éloignés. C’est précisément ce qui les rapproche dans une programmation signée Gilles Peterson. Tous partagent une manière de travailler la couleur, le rythme et l’espace sans se soucier des frontières géographiques ou stylistiques.
De Bristol à Londres, le jazz en mouvement
Le jeudi 6 août déplacera le centre de gravité vers la scène britannique contemporaine, avec Tara Clerkin Trio, Moses Boyd, Tereza et un DJ set final de Gilles Peterson.
Formé à Bristol par Tara Clerkin, Sunny Joe Paradisos et Patrick Benjamin, Tara Clerkin Trio développe une musique volontairement insaisissable. Le groupe fait dialoguer jazz, folk psychédélique, dub, électronique, ambient et héritage de la scène expérimentale de Bristol. Les compositions avancent par fragments, comme des paysages sonores dont les contours se modifient progressivement.
Avec Moses Boyd, la soirée retrouvera une énergie plus frontale. Le batteur, compositeur et producteur londonien est devenu l’une des figures majeures du renouvellement du jazz britannique. Son jeu relie l’improvisation, les musiques caribéennes, la culture club, le grime, le broken beat et les pulsations électroniques.
Chez lui, la batterie n’est jamais seulement un accompagnement. Elle organise l’espace, produit la tension et entraîne les autres instruments dans un mouvement permanent. À la Fondation Maeght, cette force rythmique pourrait rencontrer de manière saisissante les volumes, les sculptures et les chemins du Labyrinthe Miró.
Enfin, Gilles Peterson reprendra lui-même les platines. Non pour conclure la soirée au sens traditionnel du terme, mais pour prolonger les échos laissés par les concerts. Son DJ set devrait agir comme une dernière circulation entre les générations, les continents et les styles entendus pendant ces deux jours.
La Fondation Maeght comme instrument
Impressions ne sera pas un festival miniature déplacé à Saint-Paul-de-Vence. Le projet semble au contraire avoir été pensé à partir du lieu.
La Fondation Maeght n’est pas une salle neutre. Son architecture, ses jardins, ses œuvres et son rapport au paysage imposent une autre manière d’écouter. Le public pourra passer de l’exposition Ellsworth Kelly aux sculptures de Miró, puis des œuvres aux musiciens, sans que l’une de ces expériences efface les autres.
C’est sans doute là que réside la force de Gilles Peterson comme programmateur. Il ne cherche pas seulement les bons artistes. Il cherche les relations invisibles qui peuvent se créer entre eux, le public et le lieu.
Après vingt années de Worldwide Festival, sa méthode demeure intacte : rester curieux, ne jamais réduire le jazz à un répertoire fermé et considérer la programmation comme un art à part entière.
De Sète à Saint-Paul-de-Vence, Gilles Peterson poursuit ainsi le même voyage. Un voyage sans carte précise, où la musique brésilienne peut naître à Minsk, où Bristol rencontre le Labyrinthe Miró, où les platines répondent à la batterie et où le jazz retrouve sa fonction première : ouvrir des passages.
Le programme
Mercredi 5 août 2026
Tereza — DJ set
Momoko Gill
SOYUZ
Jeudi 6 août 2026
Tereza — DJ set
Tara Clerkin Trio
Moses Boyd
Gilles Peterson — DJ set
Informations pratiques
Gilles Peterson présente Impressions
Mercredi 5 et jeudi 6 août 2026
Ouverture des portes à 19 h 30
Fondation Maeght — 623, chemin des Gardettes, Saint-Paul-de-Vence
Concerts debout et en plein air dans le Labyrinthe Miró
Visite libre de l’exposition Ellsworth Kelly avant les performances
Bar et restauration légère disponibles sur place.