Pour certains artistes, le territoire est un point de départ que l’on s’empresse de quitter. Pour Julien Nacache, il est devenu un lieu auquel revenir, un espace de travail et une matière à transmettre. Comédien, auteur, metteur en scène et cofondateur de la compagnie Les Collectionneurs, l’enfant de Saint-Paul-de-Vence participe aujourd’hui à l’écriture d’une nouvelle vie théâtrale dans son village.
Son parcours ne suit pas la ligne simple d’une carrière construite loin du lieu d’origine. Il avance par allers-retours entre formation, festivals, créations collectives et projets locaux. Cette circulation explique sans doute la place particulière qu’occupe désormais Julien Nacache dans le paysage culturel azuréen.
Apprendre le théâtre au sein d’une troupe
Il se forme jeune dans la compagnie des Enfants Terribles de Numa Sadoul, à Saint-Paul-de-Vence. Cette première expérience compte autant que les enseignements techniques. Une troupe apprend la ponctualité, l’écoute, le rapport au groupe et la nécessité de construire un spectacle avec des réalités matérielles très concrètes.
En parallèle d’une licence d’Arts du spectacle à l’Université de Nice, Julien Nacache multiplie les expériences et les passages par Avignon. Le festival agit comme une école accélérée : on y joue, on observe, on tracte, on rencontre d’autres compagnies et l’on mesure immédiatement la difficulté de faire exister un spectacle au milieu de centaines de propositions.
Les Collectionneurs, créer plutôt qu’attendre
En 2015, il fonde à Saint-Paul-de-Vence la compagnie Les Collectionneurs avec Louis-Aubry Longeray. Le nom dit déjà quelque chose de leur démarche : recueillir des textes, des expériences, des rencontres et des formes pour les remettre en circulation.
Créer une compagnie permet de ne pas attendre uniquement qu’un rôle arrive. Il faut choisir les œuvres, inventer les projets, chercher les partenaires, diriger les répétitions et comprendre ce qui relie une proposition artistique à un public.
Cette responsabilité élargit progressivement son travail. Julien Nacache n’est pas seulement interprète. Il devient concepteur de spectacles et metteur en scène, avec une attention particulière portée à la troupe et à la façon dont un récit peut être rendu immédiatement partageable.
Des rencontres qui construisent un regard
Son parcours croise des artistes et directeurs comme Irina Brook, Simon Eine, Daniel Benoin ou Michel Boujenah. Ces rencontres ne fabriquent pas une filiation unique, mais elles confrontent un jeune artiste à plusieurs conceptions du théâtre : la troupe, le répertoire, la création, le festival et le rapport au grand public.
La proximité avec Michel Boujenah trouve aujourd’hui un prolongement concret dans les Remp’Arts du Rire, dont Julien Nacache partage la direction artistique avec Louis-Aubry Longeray.
Faire de la Courtine un lieu de création
Le festival transforme la place de la Courtine en cabaret sous les remparts. Deux soirées de plateaux d’humoristes précèdent une dernière soirée de théâtre. Le public peut dîner, assister aux spectacles et prolonger le rendez-vous avec un DJ set.
Ce projet résume assez bien la manière dont Julien Nacache envisage la culture : elle doit être exigeante sans devenir intimidante, enracinée sans être repliée et suffisamment accueillante pour donner envie de revenir.
Créer un événement dans son propre village expose davantage. Les habitants connaissent le lieu, les habitudes et parfois l’organisateur lui-même. Le projet ne peut pas se cacher derrière l’image d’une destination. Il doit convaincre par sa sincérité et sa qualité.
Une génération qui fabrique ses propres outils
Le parcours de Julien Nacache appartient à une génération d’artistes pour laquelle jouer ne suffit plus toujours. Il faut produire, communiquer, programmer, créer des réseaux et parfois inventer le festival où l’on aimerait voir les autres se rencontrer.
Cette polyvalence peut être épuisante, mais elle permet aussi de reprendre la main sur le récit d’un territoire. À Saint-Paul-de-Vence, le théâtre ne dépend plus seulement du souvenir de grands artistes passés par le village. Il se construit avec celles et ceux qui y travaillent aujourd’hui.
Julien Nacache n’a donc pas choisi entre partir et rester. Il a fait du mouvement entre les scènes et Saint-Paul-de-Vence une méthode. Et de ce retour régulier, il commence à faire une œuvre collective.
À suivre
Les Remp’Arts du Rire
Du 3 au 5 septembre 2026, place de la Courtine à Saint-Paul-de-Vence.
Découvrir le parcours officiel de Julien Nacache
Visuel : Magazine officiel de Saint-Paul-de-Vence – photo Gaëlle Simon.