Une ville ne se raconte jamais d’une seule voix. Elle se compose de souvenirs, de déplacements, d’accents, de métiers, de quartiers et de générations qui ne se rencontrent pas toujours. Pour ouvrir sa saison 2026-2027, le Théâtre de Grasse choisit de placer cette diversité au centre de la scène.
Le 26 septembre à 18 heures, Mille Voix, Une Ville investira le parvis de la médiathèque Charles Nègre. La création portée par Lamine Diagne, le collectif KAY et L’Énelle réunira seize artistes et mêlera parole documentaire, théâtre, musique live, improvisation, danse, rap, slam et graffiti. L’entrée sera libre et le public lui-même sera invité à participer.
Avant le spectacle, des mois d’écoute
Le projet ne commence pas le soir de la représentation. Depuis plusieurs mois, les artistes sont allés à la rencontre des habitants, dans les hameaux et les quartiers. Des auteurs ont recueilli des histoires liées aux premières vagues d’immigration, aux fleurs à parfum, aux nouveaux arrivants, aux familles installées depuis plusieurs générations et aux jeunes Grassois.
Cette méthode change profondément la nature du spectacle. Les habitants ne deviennent pas un sujet observé de l’extérieur. Leurs paroles, leurs mémoires et leurs contradictions constituent la matière première de l’écriture. La scène n’illustre pas la ville : elle lui rend les récits qu’elle a confiés.
Une ouverture de saison hors les murs
Le choix du parvis de la médiathèque n’est pas anodin. En quittant temporairement sa salle, le Théâtre de Grasse place le spectacle dans un espace de passage. On pourra venir volontairement, mais aussi être surpris par ce qui se joue. La frontière entre les spectateurs habituels et ceux qui ne fréquentent jamais le théâtre devient moins nette.
Cette ouverture affirme une conception du lieu culturel. Le théâtre n’est pas seulement un bâtiment qui accueille une succession d’œuvres. Il peut être une équipe capable d’aller vers les habitants, de partager des outils artistiques et de produire un récit collectif sans effacer les singularités.
Des disciplines réunies par le territoire
Rap, slam, graffiti, improvisation, texte et danse ne sont pas ici juxtaposés pour donner une image artificiellement moderne. Ces formes correspondent aux manières différentes dont une ville prend la parole. Certaines histoires passent par le documentaire, d’autres ont besoin du rythme, du corps ou de l’image.
Le collectif KAY travaille précisément dans cet espace de circulation. Les artistes viennent de pratiques différentes, mais construisent une même dramaturgie. Le public pourra ainsi voir comment une phrase recueillie devient un morceau, comment une mémoire intime se transforme en mouvement ou comment un mur peint prolonge une parole.
Faire communauté sans fabriquer l’unanimité
Les projets participatifs peuvent parfois produire une image trop lisse du territoire. Leur enjeu véritable consiste au contraire à laisser apparaître ce qui ne s’accorde pas immédiatement : les différences de générations, de trajectoires, de langues ou de visions de la ville.
Mille Voix, Une Ville promet un grand élan collectif, mais sa richesse viendra probablement des nuances qu’il saura conserver. Une communauté n’est pas une voix unique chantée plus fort. Elle est la capacité de plusieurs voix à se faire entendre dans le même espace.
En ouvrant sa saison de cette manière, le Théâtre de Grasse adresse un message clair. Avant de présenter des artistes au public, il commence par écouter le territoire dans lequel il travaille. Et il rappelle qu’une institution culturelle peut être à la fois une scène, un lieu de mémoire et un outil de conversation.
Informations pratiques
Mille Voix, Une Ville
Samedi 26 septembre 2026 à 18 h
Parvis de la médiathèque Charles Nègre, Grasse
Entrée libre, dès 8 ans.
Informations officielles
Visuel : Photo officielle du projet : © Anne Volery ou Leo Alestro / Théâtre de Grasse.