À Ramatuelle, le théâtre ne s’installe pas simplement en plein air : il entre dans un paysage. La scène, les pins, la lumière qui tombe et la proximité du village composent depuis des décennies une relation particulière entre les artistes et le public. Du 29 juillet au 12 août 2026, le Festival de Ramatuelle retrouvera ce décor pour une édition où le répertoire, la création, l’humour et la musique se répondent.
Le programme est dense, mais il évite l’effet de catalogue. Il raconte plutôt plusieurs manières de faire vivre une scène populaire aujourd’hui : reprendre Molière sans le transformer en monument immobile, confier le plateau à des interprètes dont la présence suffit à créer un événement, inviter des écritures contemporaines et laisser la chanson rejoindre naturellement le théâtre.
Trois nuits pour ouvrir les horizons
Avant le cœur théâtral du festival, les Nuits classiques poseront les premières couleurs. La Neuvième Symphonie de Beethoven ouvrira la série le 29 juillet. Le lendemain, la Misatango et le Boléro seront portés par le Ballet Julien Lestel. Le 31 juillet, Lambert Wilson, Pierre Génisson et Bruno Fontaine réuniront la voix, la clarinette et le piano.
Cette ouverture dit déjà quelque chose de l’identité du rendez-vous : Ramatuelle ne souhaite pas enfermer les arts vivants dans des cases étanches. Le théâtre reste son centre de gravité, mais il dialogue avec la musique et la danse comme il le ferait au sein d’une troupe élargie.
Le Bourgeois gentilhomme, ou Molière remis en circulation
Après Manu Payet le 1er août, Jean-Paul Rouve sera au centre du Bourgeois gentilhomme le 2 août. L’enjeu d’une telle reprise n’est jamais de vérifier si Molière résiste au temps. Il résiste. La vraie question consiste à savoir ce que notre époque entend dans le désir de Monsieur Jourdain : l’obsession du statut, le besoin d’être reconnu, la confusion entre culture et apparence.
Le choix d’un acteur associé au cinéma populaire et à un véritable travail de troupe peut permettre au texte de retrouver son mouvement. À Ramatuelle, où le public arrive avec des attentes très diverses, cette circulation entre patrimoine et immédiateté devient essentielle.
Des acteurs que l’on vient aussi écouter respirer
La suite de la programmation rassemble des présences fortes. Michel Boujenah sera entouré pour Toute la famille que j’aime. Pierre Arditi reviendra avec Je me souviendrai de presque tout. Karina Marimon fera entendre La Joconde parle enfin, tandis que Thierry Frémont et Nicolas Vaude se retrouveront dans Une heure à t’attendre.
Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo porteront Dans le couloir. Douze hommes en colère rappellera, le 11 août, combien le théâtre peut fabriquer de la tension à partir d’un espace presque nu, de paroles contradictoires et d’un groupe contraint de décider.
Entre ces rendez-vous, Je m’appelle Georges… et vous ?, Camille Chamoux, Jeanne Cherhal puis Bénabar en clôture élargiront encore le spectre. Ce mélange pourrait sembler disparate. Il tient pourtant autour d’une même idée : une soirée à Ramatuelle doit être portée par une voix, une écriture et un rapport direct au public.
Michel Boujenah et la question de la transmission
La programmation porte la marque de Michel Boujenah, directeur artistique, et de la présidente Jacqueline Franjou. Leur enjeu n’est plus seulement de préserver un festival installé. Il consiste à maintenir son désir, à accueillir de nouveaux publics et à laisser émerger des artistes capables d’en écrire les prochaines années.
La réputation de Ramatuelle repose sur les grands noms, mais sa crédibilité se mesure aussi à la manière dont il crée des ponts entre les générations, les disciplines et les écritures. C’est là que se situe le véritable sujet d’une rencontre avec sa direction : comment rester fidèle à une histoire sans produire une programmation de musée ?
En 2026, le festival répond par une forme de troupe idéale, composée pour deux semaines. Des acteurs, des humoristes, des musiciens et des danseurs se succèdent sous les étoiles. Ils ne jouent pas le même spectacle, mais participent au même récit : celui d’un théâtre d’été qui refuse de choisir entre prestige et plaisir.
Informations pratiques
Festival de Ramatuelle 2026
Du 29 juillet au 12 août 2026
Théâtre de Verdure, Ramatuelle.
Programmation et billetterie officielles
Visuel : Affiche officielle du Festival de Ramatuelle – visuel © Cyril Bruneau.