Nous l’avions déjà vu transformer l’Allianz Riviera en immense cité nocturne en juillet 2023. Trois ans plus tard, The Weeknd revient à Nice pour deux nouveaux concerts, les 21 et 22 juillet 2026. Une première date, puis une seconde ajoutée face à la demande : comment expliquer un engouement qui ne semble jamais retomber ? Par les tubes, bien sûr. Mais aussi par un personnage, une mythologie et un sens du spectacle devenus presque uniques dans la pop mondiale.
Il y a des retours qui ressemblent à une revanche. Celui de The Weeknd à Nice ressemble davantage à la reconquête d’un territoire qui lui appartient déjà.
Les 22 et 23 juillet 2023, Abel Tesfaye avait rempli deux soirs l’Allianz Riviera. Nous l’avions alors découvert dans un décor démesuré, au milieu d’une ville futuriste en ruines, d’écrans monumentaux, de silhouettes masquées et d’une longue avancée de scène qui lui permettait de traverser le stade comme on traverse un film.
En 2026, l’histoire recommence presque à l’identique. Une première soirée est annoncée pour le mardi 21 juillet. Face à un engouement exceptionnel, une seconde date est ajoutée dès le mercredi 22 juillet. Nice devient ainsi l’une des grandes escales françaises de cette nouvelle séquence européenne.
Les billets se sont une nouvelle fois vendus comme de petits pains, sans que le public ait besoin d’attendre une critique, une vidéo de répétition ou le récit d’un premier concert. Le nom de The Weeknd suffit désormais à déclencher le mouvement.
Nice l’avait déjà vu entrer dans une autre dimension
En 2023, The Weeknd ne venait pas seulement défendre un album.
Il arrivait avec l’After Hours Til Dawn Tour, spectacle conçu comme la traduction scénique d’un univers développé sur plusieurs années. À l’obscurité urbaine d’After Hours répondaient les lumières synthétiques et l’étrange purgatoire radiophonique de Dawn FM. Le concert reliait ces deux mondes dans une immense fresque nocturne.
Le stade de Nice avait alors offert le décor idéal à cette dramaturgie. L’Allianz Riviera n’était plus tout à fait une enceinte sportive : elle devenait une métropole imaginaire, inquiétante et sensuelle, dans laquelle les chansons semblaient provenir d’une radio captée au milieu de la nuit.
Ce souvenir compte énormément dans le succès du retour.
Le public ne rachète pas seulement une place pour entendre « Blinding Lights », « Starboy », « The Hills », « Save Your Tears » ou « Can’t Feel My Face ». Il revient chercher la sensation éprouvée la première fois : celle d’assister non à une succession de morceaux, mais à un spectacle ayant la taille, les codes et la continuité visuelle d’un film.
Pourquoi cet engouement ne retombe-t-il pas ?
La première réponse tient à la force presque insolente du répertoire.
The Weeknd possède aujourd’hui suffisamment de succès pour construire plusieurs concerts différents sans épuiser ses titres les plus attendus. Certaines chansons appartiennent au R&B nocturne et trouble de ses débuts ; d’autres sont devenues des standards de la pop mondiale.
« Blinding Lights » symbolise cette capacité à dépasser toutes les catégories. Le titre a atteint des sommets d’écoute et s’est installé comme l’un des grands marqueurs populaires du début du XXIe siècle.
Mais les chiffres, aussi vertigineux soient-ils, n’expliquent pas tout.
The Weeknd a réussi à rendre immédiatement reconnaissables une voix, une lumière, une couleur musicale et même une manière de se mettre en scène. Quelques secondes suffisent souvent : une nappe de synthétiseur, une basse inquiétante, cette voix très haute qui semble flotter au-dessus de productions sombres, et l’on sait déjà dans quel monde on vient d’entrer.
L’artiste canadien a également compris très tôt que la pop contemporaine ne se construit plus seulement avec des albums. Elle se construit avec des chapitres, des personnages et des images qui se prolongent d’un clip à l’autre.
Costume rouge, lunettes noires, visage bandé ou déformé, décors de Las Vegas, voitures de nuit, couloirs d’hôtels, célébrité toxique : chaque période ajoute une pièce à une histoire plus vaste.
The Weeknd ou l’art de fabriquer sa propre légende
Abel Tesfaye est célèbre dans le monde entier, mais The Weeknd reste encore en partie un personnage.
Ce dédoublement constitue l’une des raisons de sa fascination. Pendant longtemps, l’artiste a très peu parlé et laissé ses chansons construire sa réputation. Il y apparaissait comme un homme de la nuit, séduisant mais dangereux, perdu entre désir, solitude, drogues, pouvoir et incapacité à aimer correctement.
Au fil des années, ce personnage a quitté les clubs confidentiels pour conquérir les cérémonies, les radios et les stades sans devenir totalement rassurant.
C’est une prouesse assez rare. La plupart des artistes voient leur part de mystère diminuer à mesure que leur célébrité augmente. The Weeknd a fait l’inverse : il a transformé son exposition mondiale en matière artistique.
Son album Hurry Up Tomorrow, paru en 2025, a refermé la trilogie commencée avec After Hours en 2020 et poursuivie par Dawn FM en 2022. La tournée 2026 prolonge ce cycle sur scène, avec Playboi Carti annoncé sur les dates européennes.
The Idol : lorsque la mythologie dérape
Cette volonté de tout contrôler et de prolonger son univers au-delà de la musique a pourtant connu un revers spectaculaire avec la série The Idol.
Présentée hors compétition au Festival de Cannes en 2023, la série avait été créée par Abel Tesfaye, Reza Fahim et Sam Levinson, déjà connu pour Euphoria. Lily-Rose Depp y incarnait Jocelyn, une pop star tentant de reprendre sa carrière après un effondrement psychologique. The Weeknd jouait Tedros, propriétaire de club et gourou manipulateur qui s’introduit progressivement dans sa vie.
Sur le papier, le projet avait tout pour prolonger brillamment les obsessions de l’artiste : la célébrité, le désir, l’emprise, l’industrie musicale, les rapports de pouvoir et les coulisses sordides de la pop.
Mais la fabrication de la série a rapidement nourri la polémique.
La réalisatrice initiale, Amy Seimetz, avait quitté le projet alors qu’une grande partie avait déjà été tournée. La série fut largement réécrite et retournée sous la direction de Sam Levinson. Plusieurs récits de production affirmèrent que son orientation avait changé, passant d’un regard critique sur l’exploitation d’une jeune star à une œuvre beaucoup plus centrée sur le personnage masculin et sur des scènes volontairement provocatrices. HBO contesta l’idée d’un tournage devenu incontrôlable, tandis que Lily-Rose Depp défendit publiquement l’expérience et le travail de Levinson.
Lors de sa diffusion, The Idol fut vivement critiquée pour ses scènes explicites, son regard sur le corps féminin, son écriture et la manière dont elle transformait la manipulation en spectacle esthétique. La série ne dépassa pas ses cinq épisodes et ne fut pas renouvelée pour une seconde saison.
Un échec qui n’a pas affaibli la star
L’épisode est intéressant car il révèle la différence entre une mythologie musicale et une fiction télévisée.
Dans une chanson de quatre minutes, l’ambiguïté peut être envoûtante. Un narrateur toxique peut fasciner parce qu’il ne demande pas nécessairement au public de l’approuver. La musique, la voix et le non-dit créent une distance.
Dans une série de plusieurs heures, cette même ambiguïté doit être développée, interrogée et incarnée par des personnages possédant leur propre profondeur. Ce qui apparaissait magnétique dans les chansons de The Weeknd a parfois semblé lourdement démonstratif à l’écran.
The Idol a peut-être échoué précisément parce qu’elle a tenté de trop expliquer le mystère.
Le paradoxe est que cette polémique n’a presque rien changé à son pouvoir musical. Le public a pu rejeter la série, contester son regard ou trouver son interprétation peu convaincante, puis continuer à écouter ses chansons et à acheter des places pour ses concerts.
Cela montre à quel point l’œuvre musicale de The Weeknd est devenue plus grande que chacun de ses faux pas.
Les chansons appartiennent désormais au public
Un concert de The Weeknd réunit aujourd’hui plusieurs générations de spectateurs.
Les premiers admirateurs se souviennent des mixtapes mystérieuses diffusées au début des années 2010 et de cette voix dont personne ne connaissait encore le visage. D’autres l’ont découvert avec « Earned It », « Can’t Feel My Face » ou « The Hills ». Une génération entière l’associe à « Starboy », puis une autre encore à « Blinding Lights » et « Save Your Tears ».
Ses chansons circulent simultanément dans les écouteurs, les clubs, les radios, les vidéos courtes, les films, les séries et les grands événements sportifs. Elles provoquent une reconnaissance immédiate qui dépasse le cercle habituel des amateurs de R&B.
C’est aussi ce qui remplit les stades : le sentiment que chaque spectateur connaît une partie différente de la même histoire.
Une tournée devenue destination
L’autre explication tient à la nature même du spectacle.
On ne va plus seulement voir The Weeknd parce qu’il se produit près de chez soi. On voyage pour assister à l’After Hours Til Dawn Tour. Le concert devient une destination, au même titre que certaines grandes productions de Beyoncé, Taylor Swift ou Coldplay.
Les spectateurs veulent voir les décors, comprendre la mise en scène, filmer l’arrivée de l’artiste et participer à cette foule immense qui reprend les refrains en chœur.
À Nice, la mémoire des deux concerts de 2023 amplifie encore cette attente. Ceux qui étaient présents veulent revivre l’expérience. Ceux qui avaient manqué les premières dates ne veulent pas laisser passer une seconde occasion.
La rareté fait le reste. La Côte d’Azur accueille régulièrement de grands artistes, mais peu sont capables de remplir deux fois de suite un stade de cette dimension.
Une nuit de plus, puis une autre
Les 21 et 22 juillet 2026, The Weeknd retrouvera donc l’Allianz Riviera.
Trois ans auront passé, un nouvel album sera venu refermer sa trilogie, une série aura déclenché une polémique mondiale et son personnage aura été annoncé comme proche de sa fin. Pourtant, l’attraction demeure intacte.
Peut-être même est-elle devenue plus forte.
Parce que derrière les records, les costumes, les polémiques et les images se trouve une réalité très simple : The Weeknd a écrit certaines des chansons les plus immédiatement reconnaissables de son époque.
Nous l’avions vu en 2023 régner sur le stade niçois comme sur une ville imaginaire. En 2026, deux nouvelles nuits lui seront confiées.
Et à en juger par la rapidité avec laquelle le public s’est précipité sur les billets, Nice n’avait manifestement pas fini de vivre dans sa lumière rouge et ses nuits sans sommeil.
Informations pratiques
The Weeknd — After Hours Til Dawn Tour
Mardi 21 et mercredi 22 juillet 2026
Allianz Riviera, Nice
Avec Playboi Carti annoncé sur la partie européenne de la tournée.