La cigale appartient à ces symboles si familiers de la Provence que l’on finit parfois par ne plus les regarder. Marc Alberghina a choisi de lui rendre son étrangeté.
Présentée jusqu’au 13 septembre 2026 au Musée d’histoire et de céramique biotoises, La Cigaloise est une installation immersive consacrée au temps, au vivant et à la mémoire provençale. L’exposition accompagne les trente ans de l’association des Amis du musée et fait entrer la céramique contemporaine dans un lieu chargé d’histoire.
La cigale, bien davantage qu’un décor d’été
Dans l’imaginaire méditerranéen, la cigale évoque immédiatement le soleil, les pins et la saison chaude. Mais son existence possède une temporalité bien plus complexe. Elle passe de longues années sous terre avant d’apparaître pour une période brève, sonore et presque spectaculaire.
C’est ce paradoxe qui nourrit le travail de Marc Alberghina. L’artiste ne traite pas la cigale comme un motif décoratif. Il en fait une mesure du temps, une présence fragile et une manière de penser ce qui demeure caché avant de surgir.
Une céramique qui travaille la mémoire
Biot est connue pour son histoire verrière, mais son rapport à la terre et à la céramique est plus ancien encore. Avant que le verre bullé ne fasse la renommée du village, Biot fut un grand territoire de jarres et de poteries utilitaires.
Installer La Cigaloise dans ce musée crée donc plusieurs niveaux de lecture. La création contemporaine dialogue avec les objets du passé, tandis que la matière céramique rappelle une histoire locale faite de gestes, de cuisson, d’usage et de transmission.
Une Provence moins décorative, plus intérieure
L’intérêt de l’exposition tient aussi à la manière dont elle échappe aux clichés. La Provence n’y est pas une carte postale immobile. Elle devient un territoire traversé par les saisons, les disparitions et les recommencements.
Cette approche sensible correspond à ce que les musées de proximité peuvent offrir de plus précieux : partir d’un signe local pour ouvrir une réflexion plus universelle. Le public entre par la cigale et se retrouve face au temps, à la patience, à la métamorphose et à la brièveté de ce qui se donne à voir.
La Cigaloise mérite ainsi d’être regardée comme une œuvre à part entière, mais aussi comme un manifeste discret pour les petits musées : un patrimoine ne reste vivant que lorsqu’il accepte d’être déplacé par le regard des artistes.
Informations pratiques
La Cigaloise — Marc Alberghina
Jusqu’au 13 septembre 2026
Musée d’histoire et de céramique biotoises, Biot