À la Fondation Maeght, Peter Knapp replonge dans l’année 1965, lorsque Courrèges fit exploser les conventions de la haute couture. Photographies, archives et silhouettes racontent une mode blanche, graphique et libre, conçue pour une femme qui avance.
Les modèles semblent ne plus toucher le sol. Elles sautent, flottent, traversent l’image comme si la gravité appartenait à l’ancien monde. En 1965, Peter Knapp photographie la collection printemps-été d’André Courrèges pour Elle. Ce qui aurait pu être une série de mode devient le manifeste visuel d’une époque.
Présentée dans la salle Anny Courtade, l’exposition Le Temps Courrèges replace ces images dans leur contexte et révèle l’entente créative entre un couturier qui voulait réinventer le quotidien et un photographe qui refusait les poses figées.
1965, l’année où la silhouette change
Courrèges abandonne les conventions, raccourcit les jupes, impose le blanc, les bottes plates et les formes structurées. Le vêtement n’emprisonne plus le corps : il accompagne le mouvement. Sa femme n’est pas une apparition fragile. Elle marche vite, conduit, travaille, danse et occupe l’espace.
La presse parle alors de « bombe Courrèges ». L’expression dit bien la rupture. Il ne s’agit pas seulement d’une nouvelle longueur de jupe ou d’un vocabulaire graphique. C’est une vision du monde, optimiste, technologique, presque spatiale, qui transforme la haute couture en projet de vie.
Peter Knapp fait voler la mode
Directeur artistique et photographe, Peter Knapp comprend immédiatement que cette collection ne peut pas être photographiée comme les autres. Il découpe les séquences, superpose les mouvements et suspend les modèles dans un espace sans repère. Les silhouettes deviennent des signes graphiques.
Le noir et blanc accentue la radicalité des lignes. Les bottes, les rayures et les minijupes composent une chorégraphie. On ne regarde plus seulement un vêtement : on ressent une vitesse, une insolence et une joie. La photographie n’enregistre pas la révolution Courrèges, elle y participe.
Une exposition entre mode, art et mémoire
Quatre grands tirages constituent le cœur du parcours, accompagnés d’autres séries, d’archives et de tenues photographiées par Knapp en 1965. Leur présence permet de mesurer la précision des volumes et la modernité intacte de ces créations.
À plus de soixante ans de distance, rien ne paraît vraiment nostalgique. Le blanc demeure tranchant, les formes semblent encore futuristes et les images gardent leur capacité à surprendre. Le passé n’est pas présenté comme une époque révolue, mais comme une réserve d’énergie.
L’amitié comme moteur de création
Le sujet trouve naturellement sa place à la Fondation Maeght. Peter Knapp était proche d’André Courrèges et de la famille Maeght. Cette histoire de fidélité rappelle que la Fondation s’est construite comme un lieu de circulation entre les disciplines : peinture, sculpture, photographie, danse, poésie ou musique.
L’exposition ne cherche donc pas à faire entrer la mode dans un musée pour la rendre plus respectable. Elle montre qu’en 1965, Courrèges et Knapp travaillaient déjà à la frontière de l’art, du design, de l’architecture et de la communication visuelle.
Une modernité qui ne s’est pas assagie
Le plus frappant reste peut-être la liberté de ces femmes photographiées en plein élan. Leur mouvement ne sert pas seulement à mettre en valeur une coupe. Il exprime une volonté d’autonomie. La mode devient la projection d’un corps capable de choisir sa trajectoire.
Dans l’architecture ouverte de la Fondation Maeght, ces silhouettes semblent retrouver l’air et la lumière dont elles avaient besoin. L’exposition est concise, mais son énergie déborde largement la salle. Elle raconte le moment rare où une collection, un regard photographique et une idée de la société avancent exactement au même rythme.
Informations pratiques
Fondation Maeght – Salle Anny Courtade
623, chemin des Gardettes, 06570 Saint-Paul-de-Vence
Du 14/05/2026 au 08/11/2026
Tous les jours de 10 h à 18 h, jusqu’à 19 h en juillet et août. Fermetures exceptionnelles les 5, 6 et 7 septembre.
18 € plein tarif, 14 € tarif réduit, gratuit pour les moins de 16 ans.
Consulter le site officiel de l’exposition
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Questions pratiques
Quelle période de Courrèges est présentée ?
Le cœur de l’exposition revient sur la collection haute couture printemps-été 1965 photographiée par Peter Knapp.
Où se trouve l’exposition ?
Dans la salle Anny Courtade de la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence.
Jusqu’à quand est-elle visible ?
Elle est annoncée jusqu’au 8 novembre 2026.