À Mouans-Sartoux, l’Espace de l’Art Concret célèbre le centenaire de François Morellet à travers une histoire d’amitié. Neuf œuvres et deux installations montrent comment la rigueur géométrique peut accueillir le hasard, le mouvement et beaucoup d’humour.
Des lignes, des angles, des trames, parfois un néon. Le vocabulaire de François Morellet semble volontairement limité. Pourtant, chaque règle qu’il invente ouvre une multitude de possibilités.
Amitié choisie : François Morellet et la collection Albers-Honegger ne se présente pas comme une rétrospective exhaustive. L’exposition raconte une proximité intellectuelle et humaine entre l’artiste, Gottfried Honegger et Sybil Albers, dont la collection a profondément marqué l’histoire de l’Espace de l’Art Concret.
La règle comme point de départ
Morellet refuse l’image romantique de l’artiste inspiré qui déposerait spontanément ses émotions sur la toile. Il préfère définir un système : un nombre de lignes, un angle, une superposition ou une séquence. L’œuvre découle ensuite de cette règle, parfois avec l’intervention du hasard.
Cette méthode pourrait produire un art froid. Elle devient chez lui un jeu. Les lignes se croisent, les surfaces vibrent et les titres introduisent souvent un décalage. La rigueur ne ferme pas l’œuvre ; elle lui permet de surprendre.
Quand le regard met l’œuvre en mouvement
Les trames de grillage légèrement désaxées créent des interférences optiques. Rien ne bouge réellement, mais l’œil perçoit une vibration. Dans Sphère-trames, la structure segmente l’espace et change selon le point de vue.
Le spectateur n’est donc pas placé devant une composition stable. Son déplacement active l’œuvre. Un motif apparaît, disparaît puis se recompose. L’abstraction devient une expérience physique plutôt qu’un langage réservé aux spécialistes.
Le néon sort du décor
Morellet fait partie des artistes qui ont donné au néon une place centrale dans l’art contemporain. Il utilise cette lumière industrielle sans chercher l’atmosphère d’une enseigne ou d’une ville nocturne. Le tube devient une ligne réelle, posée dans l’espace.
La lumière prolonge ainsi ses recherches géométriques tout en les rendant presque immatérielles. Elle traverse l’architecture, souligne un angle ou semble faire basculer une composition hors du mur.
Une amitié fondée sur une vision commune
Gottfried Honegger et Sybil Albers n’ont pas simplement acheté les œuvres de Morellet. Ils partageaient avec lui l’idée d’un art construit, expérimental et accessible. Leur relation dépasse le soutien du collectionneur à l’artiste : elle repose sur une communauté de pensée.
La présence importante de Morellet dans la collection Albers-Honegger témoigne de cette fidélité. Les œuvres choisies permettent de suivre plusieurs aspects de sa démarche tout en les mettant en relation avec l’histoire de l’art concret et de l’abstraction géométrique.
Un artiste sérieux qui ne se prend pas au sérieux
L’humour est essentiel chez Morellet. Il se glisse dans les titres, dans l’application volontairement absurde de certaines règles ou dans le contraste entre la précision du protocole et le résultat parfois imprévisible.
Cette légèreté évite au système de devenir dogmatique. L’artiste peut être extrêmement rigoureux tout en laissant une place au jeu et à l’accident. Il démontre qu’une ligne droite n’interdit ni la fantaisie ni l’émotion.
Une exposition à l’endroit juste
À l’Espace de l’Art Concret, la rencontre paraît naturelle. La Donation Albers-Honegger conserve plus de huit cents œuvres et offre un contexte exceptionnel pour comprendre les filiations et les ruptures de l’abstraction.
L’exposition rappelle qu’un art apparemment dépouillé peut contenir une histoire d’amitié, des choix politiques sur la place du spectateur et une vraie joie d’expérimenter. Chez Morellet, la géométrie n’est jamais une prison. C’est une manière élégante d’organiser la liberté.
Informations pratiques
Espace de l’Art Concret – Donation Albers-Honegger
Château de Mouans, 06370 Mouans-Sartoux
Du 06/06/2026 au 22/11/2026
Juillet-août : tous les jours de 11 h à 19 h. De septembre à juin : du mercredi au dimanche, 13 h-18 h.
Tarifs sur le site officiel de l’Espace de l’Art Concret.
Consulter le site officiel de l’exposition
À lire aussi sur Culture Côte d’Azur
- Ellsworth Kelly à la Fondation Maeght : l’eau en abstraction
- Fernand Léger à Biot : La Création du monde retrouve la scène
Questions pratiques
Où voir l’exposition François Morellet ?
À l’Espace de l’Art Concret, au château de Mouans-Sartoux.
Combien d’œuvres sont réunies ?
L’exposition annonce neuf œuvres de la collection Albers-Honegger et deux installations réalisées selon les protocoles de l’artiste.
Jusqu’à quand est-elle ouverte ?
Elle est programmée jusqu’au 22 novembre 2026.